Episode 11 · September 16, 2024 · 25 min · En français

Littératie numérique à l'ère de l'IA : Défis et opportunités pour les employés - Benoit Aubert

Benoit Aubert explains why basic digital literacy matters more than AI expertise for most jobs, and why automating entry-level tasks threatens how workers build expertise.

Résumé

Benoit Aubert, professeur à HEC Montréal et chercheur au CIRANO, définit la littératie numérique comme la compréhension de base des outils numériques et des données, et il rappelle que les employeurs ne peuvent plus la tenir pour acquise. Son équipe a analysé des offres d'emploi au Canada : on y demande surtout des outils bureautiques, des bases de données, Excel et les médias sociaux. Les postes en apprentissage machine existent, mais ils sont peu nombreux. Selon lui, les entreprises ont souvent une bonne vision de leur transformation, mais elles échouent à l'atterrissage : on envoie une formation en ligne aux employés et on suppose qu'ils sont prêts. Sur l'IA, il ne cherche pas à rassurer. Des emplois vont disparaître, et l'automatisation des tâches d'entrée retire la voie qui permettait de développer son expertise et d'accéder à la gestion. Personne n'a encore trouvé le chemin de remplacement, admet-il. Il compare le moment à la révolution industrielle, mais cette fois, ce sont les mêmes personnes qui vivent l'avant et l'après. Il relie aussi le sujet au faible investissement et à la productivité des entreprises canadiennes, et il met en garde contre les barrières tarifaires qui gardent en vie des entreprises peu productives. Ses conseils : utiliser l'IA, garder un humain dans la boucle, explorer, comparer avec ce qui se fait à l'étranger et ne pas être complaisant.

Summary in English

Benoit Aubert, professor at HEC Montréal and researcher at CIRANO, defines digital literacy as a basic understanding of digital tools and data, and argues employers can no longer take it for granted. His team analysed Canadian job postings and found that employers mostly ask for office tools, databases, Excel and social media. Machine learning roles exist but are few. He says companies often have a clear vision for a transformation but fail at the landing: employees on the ground are given online training and assumed to be ready. On AI, he does not offer reassurance. Some jobs will disappear, and automating entry-level tasks removes the way people used to build expertise and reach management. He admits nobody has yet found the replacement path. He compares the moment to the industrial revolution, but notes that this time the same people live through the before and the after. He also links the issue to low Canadian investment and productivity, and warns against tariffs that keep weak firms alive. His advice: use AI, keep a human in the loop, explore, benchmark abroad, and avoid complacency.

Episode facts

Episode 11 of AI with Sach, a podcast hosted by Sacha Gucciardo in Montréal, features Benoit Aubert, professeur à HEC Montréal, chercheur au CIRANO (ancien directeur de la Roe School of Business et de l'École de gestion de l'information à l'Université Victoria de Wellington). Benoit Aubert explains why basic digital literacy matters more than AI expertise for most jobs, and why automating entry-level tasks threatens how workers build expertise. The conversation is in French.

Show
AI with Sach, hosted by Sacha Gucciardo (Montréal)
Episode
11: Littératie numérique à l'ère de l'IA : Défis et opportunités pour les employés - Benoit Aubert
Guest
Benoit Aubert, Professeur à HEC Montréal, chercheur au CIRANO (ancien directeur de la Roe School of Business et de l'École de gestion de l'information à l'Université Victoria de Wellington)
Published
September 16, 2024
Length
25 minutes
Language
French

Key takeaways

  1. Digital literacy (office tools, databases, Excel) is what Canadian employers actually ask for, far more than machine learning skills.
  2. A transformation fails at the landing: sending online training to employees does not mean they can use the new tools.
  3. Automating entry-level tasks with AI removes the path people used to take to build expertise, and companies risk having no managers in ten years.
  4. Use AI yourself to learn its limits, and keep a human in the loop for responsibility and quality of decisions.
  5. A digital transformation is a rethink of how a company works and what it offers, so training has to be part of the investment.
  6. Employers should explore, test ideas at industry forums and benchmark against what is done abroad.

In their words

Telling an anxious employee 'don't worry, it's easy' tells them they're bad if they struggle.

Des fois, on voit des formateurs arriver. Première chose que le formateur va dire, c'est ne vous inquiétez pas, ça va être très simple. Pour quelqu'un qui est inquiet, on vient de lui dire, si tu ne comprends pas, tu n'es vraiment pas bon.
Benoit Aubert
On how to close the digital skills gap, Aubert describes a common mistake in how trainers reassure anxious employees.
Said on AI with Sach · Ep. 11 · Sep 2024 · at 8:15

If AI does all the entry-level work, who becomes your manager in ten years?

Le vrai défi pour les entreprises et pour les employés, c'est que ces tâches-là d'entrée, c'est ce qui permettait aux employés de développer l'expertise pour arriver au niveau de gestion. Et pour les entreprises, si on donne toutes ces tâches-là à l'IA, dans 10 ans, on n'a plus de gestionnaire pour réfléchir aux prochains produits, pour réfléchir aux idées innovatrices.
Benoit Aubert
Asked how he reassures people worried about losing their jobs to AI, Aubert explains why automating entry-level tasks creates a problem for building future managers.
Said on AI with Sach · Ep. 11 · Sep 2024 · at 10:14

The industrial revolution changed work across generations. AI will change it within one working life.

Mais ces changements-là, puis la révolution industrielle, c'était plus rapide, mais il restait que les changements se faisaient sur des générations. on n'a pas de génération. Donc, ce sont les mêmes personnes qui vont avoir vécu le avant et le après. Et ça, c'est beaucoup plus difficile parce que ce n'est pas tout le monde qui va arriver à s'adapter, ce n'est pas tout le monde qui a envie de travailler avec ces nouveaux outils-là.
Benoit Aubert
Comparing the AI transition to the industrial revolution, when most of the workforce left agriculture over generations.
Said on AI with Sach · Ep. 11 · Sep 2024 · at 19:48

Data entry is boring, but it's also how people learned the system. What replaces it?

c'était des tâches qui nous permettaient d'apprendre le fonctionnement de certains systèmes. Et une fois qu'on avait développé ça, on avait accès à d'autres tâches. Notre problème, c'est que là, il va falloir trouver d'autres chemins pour avoir accès à ces tâches-là qui sont plus intéressantes. Et ce chemin-là, on ne l'a pas encore identifié.
Benoit Aubert
Responding to the view that AI removing repetitive tasks like data entry is a good thing, Aubert says those tasks were how people learned.
Said on AI with Sach · Ep. 11 · Sep 2024 · at 21:26

Job postings only list what employers can't assume. Office tools and Excel top the list.

Donc ce qu'on écrit, c'est vraiment des choses où on n'est pas certain qu'on va le trouver, mais on veut que ces gens-là aient ces caractéristiques-là. Et ce qu'on a vu de façon très, très marquée, c'est l'ensemble des compétences de base sur les outils bureautiques, la compréhension des bases de données, la compréhension des connaissances sur Excel
Benoit Aubert
Aubert explains the method behind the study of Canadian job postings: employers only write down skills they cannot take for granted.
Said on AI with Sach · Ep. 11 · Sep 2024 · at 4:21

We went looking for AI skills in job postings. We found Excel.

Bien, peut-être qu'on était naïfs. Nous, quand on a démarré le projet, on regardait beaucoup les compétences en machine learning, les trucs d'intelligence artificielle, et on s'est dit, ah, il va y avoir des pôles plus importants. Et finalement, oui, il y en a quelques-uns, mais ce sont assez peu d'emplois.
Benoit Aubert
Explaining why his team's job-posting study surprised them: AI skills were rare compared to basic digital skills.
Said on AI with Sach · Ep. 11 · Sep 2024 · at 6:18

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Full transcript

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0:04Sacha: HEC Montréal, un expert reconnu en système d'information. Le professeur Aubert a dirigé la Roe School of Business à l'Université de La Luce et l'École de gestion de l'information à l'Université Victoria de Wellington. Ses recherches portent sur des sujets cruciaux comme l'externalisation informatique, la gestion des risques et la transformation numérique. De plus, Benoit, tu as collaboré fréquemment avec le secteur privé, conseillant sur des décisions d'externalisation et des stratégies. Tu es également un chercheur au Cyrano depuis 1996 et tu as occupé le poste de président. C'est vraiment un plaisir de t'avoir avec moi aujourd'hui, Benoit. Bienvenue. Merci beaucoup. Est-ce que, pour commencer, j'aimerais poser la question, qu'est-ce que la littératie numérique et pourquoi est-ce que c'est devenu important?

0:59Guest: C'est vraiment la compréhension de base des outils numériques, des données, de tout ce qu'on a à notre disposition maintenant. C'est devenu important parce que ces outils-là sont partout, puis ça devient très souvent la seule façon d'interagir avec un paquet d'entreprises, que ce soit pour les services bancaires, les services gouvernementaux. On envoie tous ces services-là sur des canaux numériques. Puis il faut que les gens soient capables de les utiliser intelligemment.

1:33Sacha: Les compétences numériques telles quelles, c'était vraiment réservé aux spécialistes de la technologie. Pourquoi est-ce que c'est plus le cas maintenant? Comment est-ce que ça a évolué?

1:44Guest: Je pense qu'il y a deux axes de réponse. Le premier, pour l'ensemble des citoyens, c'est devenu la façon d'acheter des produits, la façon de payer ses impôts, la façon de faire l'ensemble des transactions. C'est un volet. Mais aussi pour tous les gens qui vont travailler pour une entreprise, les outils que l'entreprise met à notre disposition sont numériques. Alors à chaque fois qu'une entreprise décide d'améliorer un processus, de faire une transformation, de faire une réorganisation, elle assume que ses employés vont être capables de participer à cette transformation-là. Ça implique nécessairement que le niveau de connaissance sur le numérique, il est assez élevé. Et cette littératie-là, souvent, on oublie de la mesurer, on peut la prendre pour acquis, mais dans les faits, elle n'est pas toujours là.

2:40Sacha: Quels sont les principaux défis que les organisations sont confrontées lors de leur transformation numérique?

2:50Guest: Ce qu'on s'aperçoit, c'est que souvent, les entreprises ont une bonne vision de là où ils veulent aller. Par contre, ce que j'appellerais l'atterrissage de ces transformations-là, donc vraiment l'implantation, l'utilisation par les employés, pose souvent problème. Et on s'aperçoit que les compétences de base ne sont pas toujours là. Les entreprises sont allées chercher quelques experts pour penser, coder, pour organiser la transformation au niveau corporatif. Mais quand les employés sur le terrain doivent utiliser les nouveaux outils, ils ne sont pas toujours prêts à le faire. Puis on leur donne la formation, on envoie cette formation-là en ligne, puis on assume que les employés vont être capables de l'intégrer. Puis ce n'est pas toujours le cas.

3:39Sacha: Et tu parles un petit peu justement de compétences numériques. C'est quoi les compétences numériques de base qui sont vraiment recherchées par un employeur? Et pourquoi est-ce qu'elles sont essentielles pour la majorité des emplois? Tu en as un petit peu parlé, mais est-ce que tu peux élaborer?

3:56Guest: Bien sûr. On a fait une enquête l'année dernière où on a, dans le fond, recensé les annonces publiées au Canada. Et évidemment, quand on demande quelque chose dans une offre d'emploi, dans une annonce pour un emploi, bien c'est quelque chose qu'on ne prend pas pour acquis. On n'écrit pas dans les offres d'emploi, la personne doit savoir les réécrire. On assume que tout le monde sait les réécrire. Donc ce qu'on écrit, c'est vraiment des choses où on n'est pas certain qu'on va le trouver, mais on veut que ces gens-là aient ces caractéristiques-là. Et ce qu'on a vu de façon très, très marquée, c'est l'ensemble des compétences de base sur les outils bureautiques, la compréhension des bases de données, la compréhension des connaissances sur Excel, les connaissances sur l'utilisation des médias sociaux, ce qui veut dire que les employeurs, ne peuvent pas prendre pour acquis que les employés qui vont engager connaissent ça, mais ils en ont besoin pour leur emploi.

4:59Quand on a un emploi, même dans les emplois d'entrée maintenant, quand il faut entrer une transaction, c'est un ordinateur avec lequel on va le faire. Et les employés doivent avoir ces connaissances-là pour faire le travail correctement.

5:14Sacha: Je pourrais imaginer que les compétences numériques varient probablement d'une région à une autre au Canada. Est-ce que c'est le cas ou est-ce qu'on remarque justement peu de différences entre les compétences demandées?

5:32Guest: Il y a assez peu de différences. On s'attendait nous aussi à ce qu'il y ait des différences entre certaines villes, parce qu'il y a des industries différentes évidemment dans certaines régions, mais finalement il y en a assez peu. Il y avait quelques régions où on retrouvait des bases militaires, et là il y avait certaines demandes un peu plus précises sur des types de technologies qui sont utilisées dans ce domaine-là. Mais quand on regarde les grandes villes, Montréal, Toronto, Vancouver ou Calgary, ce sont vraiment ces compétences-là de bureautique, de gestion de données qui sont demandées un peu partout. Mais pour des emplois vraiment de base, c'est une des choses qui nous a surpris.

6:15Sacha: Et pourquoi est-ce que c'est surprenant selon toi?

6:18Guest: Bien, peut-être qu'on était naïfs. Nous, quand on a démarré le projet, on regardait beaucoup les compétences en machine learning, les trucs d'intelligence artificielle, et on s'est dit, ah, il va y avoir des pôles plus importants. Et finalement, oui, il y en a quelques-uns, mais ce sont assez peu d'emplois. On a besoin de quelques experts, mais ce qui était très frappant, c'est à quel point on a besoin d'une main-d'oeuvre qui soit un peu plus qualifiée que ce qu'on retrouve dans la population en général sur ces compétences-là, qui sont vraiment le cœur de la littératie numérique.

6:57Sacha: Et quand on parle de transformation numérique, généralement, on s'imagine qu'il y a une sorte de fossé à combler en termes de compétences numériques dans une entreprise. C'est quoi les stratégies qui peuvent être mises en place, justement, pour combler un petit peu ce fossé?

7:18Guest: Évidemment, on peut, dans certaines entreprises, on va arriver à donner de la formation. Dans d'autres entreprises, on va remplacer certaines ressources, où on va faire venir des consultants, des gens de l'externe. Le défi, c'est de savoir si on a des employés qui se sentent à l'aise pour apprendre ces nouvelles compétences-là. Dans certaines organisations, on a des employés qui ont fait la même chose depuis très longtemps. Et parfois, même si les gens sont capables, ils ne savent pas nécessairement. C'est juste de leur faire comprendre que ce n'est pas inaccessible, ces compétences-là. C'est de doser l'information et de le faire aussi de manière à bâtir la confiance. Des fois, on voit des formateurs arriver. Première chose que le formateur va dire, c'est ne vous inquiétez pas, ça va être très simple.

8:21Pour quelqu'un qui est inquiet, on vient de lui dire, si tu ne comprends pas, tu n'es vraiment pas bon. C'est interprété de façon différente. Alors, c'est d'être conscient qu'il peut y avoir ces craintes-là aussi dans la population. Et quelque part, on pourrait dire à la limite, il faut s'assurer que pour les générations futures, ce ne soit plus une fois en emploi qu'on apprend ces choses-là de base, mais que plutôt, on ait construit ça beaucoup plus tôt, dès l'école même, au secondaire. Ce sont des choses qui devraient être connues, comme on a appris à lire et à écrire.

9:02Sacha: Très récemment, je pense que c'était même hier, que la transformation numérique et tout ce qu'on voit à ce niveau-là, c'est vraiment presque du change management. Alors, est-ce que... Tu l'as aussi mentionné que c'est vraiment rassurer les employés. Et je pense que le débat s'agrandit et s'alourdit de jour en jour, avec l'intelligence artificielle également, qui inquiète un grand nombre de personnes qui pensent probablement perdre leur emploi, se faire remplacer par des IA, par des robots, etc. Comment est-ce que tu les rassures? C'est quoi ton discours envers ces personnes-là?

9:39Guest: Je ne sais pas si je les rassure, il y a des emplois qui vont disparaître. Il y a des choses qu'on... Quand on utilisait un peu ces outils-là, on se rend compte qu'il y a beaucoup de choses qu'on peut donner à un robot. Mais je pense que la stratégie, c'est de dire aux gens, assurez-vous d'atteindre un niveau d'expertise supérieur. Un des défis qu'on va avoir avec l'IA, c'est qu'on est capable d'automatiser un paquet de tâches qui correspondent aux emplois d'entrée dans beaucoup de disciplines. Le vrai défi pour les entreprises et pour les employés, c'est que ces tâches-là d'entrée, c'est ce qui permettait aux employés de développer l'expertise pour arriver au niveau de gestion. Et pour les entreprises, si on donne toutes ces tâches-là à l'IA, dans 10 ans, on n'a plus de gestionnaire pour réfléchir aux prochains produits, pour réfléchir aux idées innovatrices.

10:44Et pour les travailleurs et pour les employés, il va falloir qu'on ajuste notre façon de travailler et notre façon de regrouper, d'organiser les tâches pour garder ces voies-là, les connaissances de base, jusqu'au niveau d'expertise élevée. Et ça, il va falloir qu'on ait un peu d'imagination parce que je ne sais pas encore comment on va le faire.

11:07Sacha: Je vais justement te demander comment est-ce que tu l'imagines. Mais c'est super intéressant. Justement, je parlais encore, je pense que c'était aujourd'hui, avec une personne qui me disait que justement, il y avait un employeur qui utilisait l'IA pour entraîner ce nouvel recrut. Donc, ils avaient un programme d'IA ou un modèle, peu importe. Je ne vais pas rentrer dans les détails, mais qui les aidait, eux, à entraîner donc des personnes qui venaient se joindre à l'équipe pour justement les rendre plus efficaces ou plus rapidement opérationnels. Donc, je trouve ça super intéressant. L'important, c'est vraiment de rester éduqué. Comment est-ce que les programmes de formation continue, par exemple, qu'on voit chez McGill, Continuous Studies, peuvent-ils vraiment aider les employés à maintenir et à continuer d'améliorer leurs compétences numériques?

12:05Guest: Je pense que tous les programmes qu'on offre peuvent aider les employés. Je pense que pour les institutions d'enseignement, probablement qu'on devrait faire des modules qui soient un peu plus digestes, des choses plus pointues, plus courtes, mais qu'on est capable d'adapter pour différentes organisations. Présentement, pour l'ensemble des universités, c'est souvent des cours, puis on a une façon d'offrir des cours, parce qu'on n'a pas de temps changé depuis bien longtemps dans les universités. Pourtant, on est dans un monde où le marché du travail bouge très, très rapidement. Alors, j'ose espérer que le système universitaire va avoir cette agilité-là pour être capable d'offrir le bon module au bon moment pour ces entreprises-là et pour les employés.

13:08Sacha: Alors, comment est-ce qu'on incentivise, incentivise, pardon, que ce soit les employés ou les employeurs à rester justement dans le développement? Est-ce qu'on voit des crédits d'impôts? Est-ce que c'est le gouvernement qui doit venir agir? Comment est-ce que tu le perçois? Pour

13:29Guest: les employés, je pense que l'incitatif va être assez direct. Les gens vont vouloir rester employables. Je pense que pour les aider, il va falloir s'assurer qu'on leur donne accès. Il peut y avoir, par exemple, toute une série de groupes d'employés où il y aurait des formations qui sont utiles, mais ces gens-là sont hors du système d'éducation depuis 20 ans et n'ont pas nécessairement la proximité pour comprendre ce qu'ils peuvent aller chercher, que ce soit dans les universités, dans les cégeps, etc. Alors, il y a peut-être des passerelles à bâtir. Pour les employeurs, je ne sais pas s'il faut des crédits d'impôts. Il y a des fois où on est peut-être mieux de laisser les entreprises faire leurs investissements plutôt que de financer tout le monde. Ce que les entreprises doivent bien comprendre, c'est qu'elles font déjà des investissements importants pour la transformation numérique, pour implanter des technologies qui vont servir à offrir un meilleur service, offrir des produits ou services différents.

14:40Et s'ils ne font pas en même temps l'information requise sur leurs ressources, ils n'offriront jamais une proposition de valeur différente. Leur investissement technologique alors, si les entreprises arrivent à comprendre qu'une transformation numérique, ce n'est pas d'implanter de la technologie, mais c'est vraiment de repenser sa façon de fonctionner et sa proposition de valeur, elles vont inclure la formation de leurs ressources. Mais au Canada, c'est un défi parce que quand on regarde la productivité de nos entreprises, nos entreprises, traditionnellement, ont assez peu investi. Alors, elles sont moins productives que les entreprises aux États-Unis ou en Europe. Alors, il y a vraiment un changement de culture des entreprises sur leur productivité, leur investissement, et ce n'est pas qu'au niveau numérique. Ça, c'est un problème qui, je pense, est plus large.

15:36Sacha: Et tu parles justement, et tu touches vraiment le sujet, c'est quoi les avantages pour les entreprises, justement, qui investissent ou qui veulent investir dans le développement des compétences numériques de leurs employés?

15:50Guest: Elles vont être là dans 10 ans. Les autres ne le seront pas. On voit présentement beaucoup de pression dans certains pays pour introduire des barrières tarifaires. Quand on fait ça, ça nous permet de garder des entreprises peu productives en vie. Ça fait aussi que les citoyens canadiens paient leurs produits trop cher. Alors là, il faut se poser la question, si on veut vivre avec des produits de moins bonne qualité, payer trop cher, on peut protéger toutes nos entreprises, mais c'est probablement la mauvaise solution. Ce qu'il faut, c'est arriver à avoir des entreprises qui soient compétitives pour offrir les bons services, mais ça les oblige à prendre ce virage-là puis à investir dans leur productivité. Sinon, la concurrence extérieure va les sortir du marché.

16:49Sacha: Pourquoi est-ce qu'elles ne le réalisent pas? Pourquoi est-ce qu'elles ne le font pas?

16:52Guest: On a eu traditionnellement beaucoup d'entreprises qui étaient des succursales d'entreprises étrangères. Donc, les décisions d'investissement n'étaient pas prises au Canada. Et à ce moment-là, puis on le voit dans certains secteurs, par exemple, dans certains secteurs en informatique où on a baissé, par exemple, du côté médium, on a baissé les subventions, les emplois se sont tout de suite déplacés à l'extérieur. Alors, c'est un... La partie subvention, c'est un jeu difficile parce que on maintient, à la limite, un peu artificiellement en vie, certains secteurs. Mais c'est tous les citoyens qui payent ces salaires-là. Alors, il faut se demander si ça vaut vraiment la peine.

17:42Sacha: On le voit beaucoup avec l'IA, la transformation qui est en train de se passer ici, à de plus en plus d'adoption. Comment est-ce que les travailleurs peuvent-ils se préparer ou préparer leur transition, justement, vers un environnement de travail? On en a un petit peu parlé, mais j'aimerais bien élaborer un petit peu sur le sujet.

18:04Guest: Je pense que pour l'IA, la première chose à faire, c'est de l'utiliser, comprendre ce que l'IA peut faire et ce que l'IA ne peut pas faire. Là où il y a des limites et là où, c'est sur beaucoup de processus, on va dire, il faut garder human in the loop. Il faut garder un regard sur le produit final, par exemple, pour des questions de responsabilité, pour des questions de qualité de la décision, etc. Alors, si les employés comprennent ce que l'IA peut faire, on peut développer, justement, les habiletés qui sont plus évaluatives, qui sont plus créatives pour arriver à utiliser l'IA pour mieux faire son travail plutôt que de se faire remplacer par l'IA parce qu'on avait confiné son travail à des éléments qui sont plus répétitifs.

19:00Sacha: Est-ce qu'on peut rêver d'une semaine de travail à quatre jours si on s'en va un petit peu vers là ou est-ce que c'est utopique? Une deuxième question, est-ce que c'est comparable ce qui est en train de se passer avec la révolution industrielle? Qu'est-ce que tu en penses?

19:18Guest: La première question, on peut toujours rêver, mais je crains qu'on ne soit payé que quatre jours si on travaille quatre jours. Alors, ça va dépendre de l'IA qu'on veut avoir. Sur la comparaison, c'est comparable, mais à une vitesse différente. Si on retourne en 1800, il y avait probablement 80 % de la population qui travaillait en agriculture. Il en reste quoi? 2 % peut-être? Mais ces changements-là, puis la révolution industrielle, c'était plus rapide, mais il restait que les changements se faisaient sur des générations. on n'a pas de génération. Donc, ce sont les mêmes personnes qui vont avoir vécu le avant et le après. Et ça, c'est beaucoup plus difficile parce que ce n'est pas tout le monde qui va arriver à s'adapter, ce n'est pas tout le monde qui a envie de travailler avec ces nouveaux outils-là. Et il y a certaines personnes qui ont des emplois qui n'existeront littéralement plus pour les êtres humains dans cinq ans.

20:24Alors, c'est certain que la transition peut être très difficile.

20:29Sacha: J'avais une discussion, il me semble que c'était avec Anne du Conseil d'innovation qui disait qu'elle est plutôt optimiste par rapport à ça, justement, par rapport à l'IA qui remplace des tâches, car ça va sûrement être des tâches qui sont fort répétitives, en tout cas en premier, et qui, elle, qui, elle, disait que est-ce que c'est vraiment des tâches qu'on a envie de faire en tant qu'humain ? Probablement pas. Par exemple, de la rentrée de données ou des tâches telles que celles-ci, c'est peut-être des tâches qui sont mieux si elles sont éliminées ou si elles sont un petit peu remplacées par l'IA parce que ce n'est pas vraiment des tâches qui sont très gratifiantes à faire pour un humain. J'aimerais savoir ce que tu en penses.

21:16Guest: Mais je pense que c'est une partie vraie, mais pour beaucoup d'emplois, ce que ce soit de l'entrée de données, la vérification, beaucoup de choses qui étaient répétitives, c'était des tâches qui nous permettaient d'apprendre le fonctionnement de certains systèmes. Et une fois qu'on avait développé ça, on avait accès à d'autres tâches. Notre problème, c'est que là, il va falloir trouver d'autres chemins pour avoir accès à ces tâches-là qui sont plus intéressantes. Et ce chemin-là, on ne l'a pas encore identifié.

21:46Sacha: J'aimerais, je dis que ça va être une question peut-être un peu compliquée, mais comment est-ce que tu envisionnes les cinq, dix prochaines années ici au Québec ou au Canada?

21:57Guest: À quel niveau?

21:59Sacha: Au niveau technologique, au niveau transformation numérique ici dans les entreprises?

22:05Guest: Je ne sais pas. Je n'ai pas de réponse. Je serais riche si j'avais la réponse, probablement. Mais mon inquiétude, c'est qu'on n'adopte pas assez rapidement. Et qu'on a vu, par exemple, avec des géants comme Amazon, le commerce passé de joueurs locaux à un joueur mondial. ça peut se produire dans beaucoup d'autres secteurs. Alors, je n'ai pas de prédiction, mais j'ai une inquiétude. Si les entreprises canadiennes n'investissent pas et n'embarquent pas dans cet effort-là, parce que ce n'est pas facile de faire une transformation numérique, c'est un processus qui est très exigeant, mais si on ne le fait pas et qu'on se complète un peu dans le mode actuel, on va se retrouver avec beaucoup d'entreprises qui ne sont pas compétitives et les consommateurs sont mobiles. Les consommateurs vont aller vers les entreprises qui offrent le meilleur produit et le meilleur service.

23:12Sacha: Quel conseil alors donnerais-tu aux employeurs justement pour faciliter cette acquisition de compétences numériques?

23:21Guest: Je pense que la première chose, c'est d'explorer, de ne pas assumer que dans trois ans, on va fonctionner de la même façon. De participer il y a des forums qui sont organisés souvent par les associations industrielles, par les chambres de commerce, etc. Donc, d'aller tester ces idées et de remettre un peu en question, de faire un peu de benchmarking sur ce qui se passe à l'étranger pour aller chercher le plus rapidement possible les nouvelles idées.

23:47Sacha: Il ne faut

23:48Guest: pas être complaisant.

23:50Sacha: Benoît, c'est vraiment un plaisir de parler avec toi. J'aimerais te laisser le plancher pour partager un dernier mot ce qui te plaît avec notre audience.

24:00Guest: Moi, ce qui me plaît, c'est la partie qui est toujours nouvelle. À chaque année, on a l'impression qu'on a découvert comme la technologie qui va changer les choses et il va en avoir une autre l'année prochaine. Puis, on s'est excité pour le blockchain. Après ça, ça a été l'informatique quantique. Là, tout le monde est sur le train de l'IA. À chaque fois, on a utilisé des choses. Oui, on a transformé certaines choses, mais il semble qu'il y a toujours une technologie encore plus incroyable qui apparaît. je pense qu'il faut continuer de s'y intéresser puis continuer de voir qu'est-ce que ça peut venir changer dans nos industries. Moi, c'est la portion où je trouve ça vraiment intéressant.

24:45Sacha: Je suis d'accord. Merci beaucoup, Benoît.

24:47Guest: Ça me fait plaisir.