Episode 7 · August 21, 2024 · 18 min · En français

l’Avenir de l’IA au Québec avec Anne Nguyen, Directrice IA au Conseil de l’innovation du Québec

Anne Nguyen explains how the Conseil de l'innovation du Québec pushes practical, responsible AI adoption across Québec's businesses and regions.

Résumé

Sach reçoit Anne Nguyen, directrice de l'IA au Conseil de l'innovation du Québec, pour faire le point sur l'IA dans la province. Elle décrit son rôle comme celui de fédérer l'écosystème, des chercheurs comme Yoshua Bengio jusqu'aux grandes entreprises. Après la réflexion collective de l'an dernier sur l'encadrement d'une IA responsable, le Conseil se concentre cette année sur l'adoption : formation, littératie en IA et retour aux cas d'usage concrets. Anne veut que l'IA ne soit plus vue comme une affaire montréalaise. Elle rêve de campagnes régionales, comme Gaspésie prêt pour l'IA, avec des applications pour la pêche au homard, la cueillette des bleuets ou les mines. Pour les entrepreneurs, le plus grand obstacle est le manque de temps. Elle définit l'IA comme un outil appliqué à un problème, et présente la transparence et l'explicabilité comme le cœur d'une IA responsable. Aux jeunes, elle dit qu'il n'est pas nécessaire de savoir coder et que les historiens et les philosophes ont leur place. Elle suit avec intérêt l'apprentissage continu et l'IA quantique. Face à la peur de perdre son emploi, elle compare la situation à la révolution industrielle et rappelle qu'un humain doit juger si un résultat a du sens. Elle conclut par un appel à la diversité et à l'inclusion.

Summary in English

Sach talks with Anne Nguyen, AI director at the Conseil de l'innovation du Québec, about where AI stands in the province. She describes her job as bringing the AI ecosystem together, from researchers like Yoshua Bengio to large companies. After last year's collective work on a framework for responsible AI, the council now focuses on adoption: training, AI literacy and a practical push toward real use cases. Anne wants AI to be seen as more than a Montréal story. She imagines regional campaigns such as Gaspésie ready for AI, with applications for lobster fishing, blueberry picking and mining. She names lack of time as the main obstacle for entrepreneurs, defines AI as a tool applied to a problem, and explains transparency and explainability as the core of responsible AI. She tells newcomers they do not need to code and that historians and philosophers have a place. She is excited about continual learning and quantum AI. On job fears, she compares the moment to the industrial revolution and insists that humans must decide whether results make sense. She ends with a call for diversity and inclusion.

Episode facts

Episode 7 of AI with Sach, a podcast hosted by Sacha Gucciardo in Montréal, features Anne Nguyen, directrice IA au Conseil de l'innovation du Québec. Anne Nguyen explains how the Conseil de l'innovation du Québec pushes practical, responsible AI adoption across Québec's businesses and regions. The conversation is in French.

Show
AI with Sach, hosted by Sacha Gucciardo (Montréal)
Episode
7: l’Avenir de l’IA au Québec avec Anne Nguyen, Directrice IA au Conseil de l’innovation du Québec
Guest
Anne Nguyen, Directrice IA au Conseil de l'innovation du Québec
Published
August 21, 2024
Length
18 minutes
Language
French

Key takeaways

  1. Treat AI as a tool applied to a specific problem, not as a solution in itself.
  2. You do not need to know how to code to work in AI; multidisciplinary teams need historians, philosophers and social scientists.
  3. For many small businesses, the main barrier to adopting AI is time, so AI literacy and simple entry points matter.
  4. Responsible AI rests on transparency (knowing the data and algorithm behind a result) and explainability, which has to be balanced against intellectual property.
  5. AI adoption can be built region by region, around local industries like fishing, blueberries or mining.
  6. Fear of AI can create a digital divide, so including people from diverse backgrounds is a condition for lasting adoption.

In their words

Do you need to code to work in AI? Not anymore.

Est-ce que tu as besoin nécessairement de savoir coder pour être en intelligence artificielle? De nos jours, non. Il y a des gens, ce sont toutes des équipes multidisciplinaires qui sont en train de se mettre en place. Donc, il faut arrêter de se sentir imposteur et non impliqué.
Anne Nguyen
Anne answers what advice she has for people who want to move into an AI career.
Said on AI with Sach · Ep. 7 · Aug 2024 · at 12:28

The future of AI depends on people who understand history and philosophy.

Puis dans le futur, qu'est-ce qui va permettre à l'intelligence machine de continuer puis de bien se développer? C'est la part de l'humain. Ça veut dire les gens qui comprennent les contextes historiques, qui comprennent la philosophie, qui comprennent comment instiguer la pensée critique.
Anne Nguyen
Anne responds to fears of job loss tied to artificial general intelligence.
Said on AI with Sach · Ep. 7 · Aug 2024 · at 15:54

AI can't live without human context. Someone still has to say whether it makes sense.

Donc, oui, l'intelligence artificielle peut faire vraiment peur, mais ce n'est pas vrai qu'elle peut vivre sans le contexte humain puis on ne peut pas appliquer ses résultats s'il n'y a pas un humain qui dit ça fait du sens ou ça ne fait pas de sens.
Anne Nguyen
Anne explains why human judgment remains necessary even as AI becomes more capable.
Said on AI with Sach · Ep. 7 · Aug 2024 · at 16:17

After 18 years in healthcare tech, why she moved to AI policy: her children.

Parce que l'IA touche la santé, oui, mais touche le travail, l'art et la culture, l'environnement, même la démocratie. Et moi, m'investir pour créer tout ce qu'on va léguer aux futures générations, à mes enfants, aux enfants de mes enfants, moi, je trouve que c'est super important et c'est ça qui me fait lever le matin.
Anne Nguyen
After 18 years in healthcare, Anne explains why she moved to the Conseil de l'innovation.
Said on AI with Sach · Ep. 7 · Aug 2024 · at 3:44

The way to stop fearing AI is to know what's in your hands.

Parfois, il y en a qui savent même pas que ça fait partie de leur quotidien et tout d'un coup, quand ils s'en rendent compte, ils ont peur. Mais nous, on veut pas que les gens aient peur. On veut que les gens soient en plein contrôle. Puis la façon d'être en plein contrôle, c'est de connaître ce qui se trouve entre nos mains.
Anne Nguyen
Anne explains why AI literacy is the focus of the council's work this year.
Said on AI with Sach · Ep. 7 · Aug 2024 · at 5:00

Every technology goes through a magic wand phase. Someone has to bring it back to real use cases.

Dans toutes les technologies, il y a tout le temps la séquence où est-ce qu'on pense que la technologie ça devient comme une baguette magique. Mais je pense que nous, au conseil, on a un rôle très pragmatique de ramener vers les cas d'usage réels.
Anne Nguyen
Anne describes the council's role in grounding AI promotion in real use cases.
Said on AI with Sach · Ep. 7 · Aug 2024 · at 5:45

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Full transcript

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0:00Sacha: Alors, aujourd'hui, on a Anne Nguyen qui est une leader dynamique avec une vaste expérience dans les données et l’IA. Anne est convaincue que toute bonne technologie commence par un objectif humain et que l'apprentissage peut et doit être transformé en action positive, percutante, influente et puissante. Actuellement, Anne, tu es la directrice de l’IA au Conseil d'élimination au Québec et c'est vraiment un plaisir de t'avoir avec moi aujourd'hui. Donc, bienvenue.

0:22Guest: Merci de m'accueillir sur ton podcast. En plus, ton ambiance est vraiment super conviviale. On finit l’été d'une super belle façon, donc vraiment heureuse d'être là avec toi.

0:32Sacha: Merci. Peux-tu, s'il te plaît, nous parler de ton rôle en tant que Directrice responsable de l’IA au Conseil de l’innovation au Québec et quelles sont tes principales responsabilités?

0:39Guest: C'est une super bonne question. Tu sais, là, ça se peut qu'une fois de temps en temps, je prenne un petit brin de café parce que nos journées commencent quand même assez tôt au Conseil. Là, c'est vraiment un feu roulant. Mais il y a quelque chose que tu as dit dans ton introduction qui est venue m'interpeller parce que ce que tu as dit dans la bio, tu sais, toute technologie commence avec une bonne raison humaine. Mais tu sais, ça, ça fait super longtemps que je suis en technologie. Puis cette phrase-là, je pense que je l'ai sortie depuis que j'étais assez injustime. Puis ça me suit encore aujourd'hui. Puis je la trouve encore pertinente parce que justement, dans mon travail au quotidien avec le Conseil d’innovation, c'est vraiment de fédérer l’écosystème québécois en intelligence artificielle. Puis tu sais, on le sait, notre écosystème est vraiment vaste. Mais peut-être influente. Et tu veux avoir des bons influenceurs, surtout quand on parle du futur. Et tu veux aussi avoir des gens capables de coordonner toutes les actions puis les efforts pour qu'on les mette au bon moment, au bon endroit pour avancer de front commun. Et c'est principalement ça mon rôle. C'est de fédérer ce super écosystème d’experts qui a autant des professeurs Yoshua Bengio, des grands universitaires, des super grandes entreprises aussi qui travaillent.

1:42Donc, c'est vraiment fabuleux comme quotidien.

1:44Sacha: C'est super. Est-ce que tu peux nous parler un petit peu ou nous donner peut-être un aperçu du Conseil de l’innovation? Qu'est-ce que c'est? C'est quoi la mission? Qu'est-ce que vous faites? Qu'est-ce que vous entreprenez ici?

1:54Guest: Bonne question. Tu sais, le Conseil de l’innovation, c'est pas tout le monde qui connaît sa mission. Donc, le Conseil d’innovation du Québec est vraiment là pour dynamiser l’innovation au sein des entreprises québécoises. On travaille directement avec le ministère de l’innovation et énergie pour venir toucher à quatre piliers différents. Donc, on vient comprendre. Tu sais, souvent, on entend « Ah, le Conseil d’innovation vient de sortir un rapport sur la recherche et développement. » Il vient de sortir un rapport prêt pour l’IA sur l’encadrement de l’intelligence artificielle. Donc, nous, on va aller chercher les données. On va essayer de comprendre l’écosystème. On a même le baromètre de l’innovation qui est accessible à tout le monde où est-ce qu’on gère beaucoup de innovation, on raconte des s histoires sur l’innovation. pouvoir conseiller le ministère. Qu'est-ce qu'on peut faire en termes de programme politique public pour que l'innovation soit vraiment dans la culture québécoise, dans les entreprises, puis qui sert à faire avancer la société. On est là aussi pour propulser, tu sais, avec des formations, avec un réseau des conseillers en innovation qui peuvent aider le développement économique. Puis finalement, tu sais, on a un bon rôle de promotion aussi. Donc, on est là pour faire rayonner l'écosystème.

2:55Ce qui est beau quand on n'a pas de produits à vendre, c'est qu'on est vraiment là pour les autres. C'est pour ça que Luc Sirois, qui est l'innovateur en chef Québec, on le voit beaucoup sur la scène publique. On nous voit prendre parole à plusieurs occasions différentes, justement pour faire la promotion de tout le bel écosystème dans lequel on est.

3:11Sacha: C'est super. Et je suis super curieux de savoir qu'est-ce qui t'a motivé à rejoindre ce conseil et comment est-ce qu'il se passe ton parcours jusqu'à présent?

3:19Guest: Moi, ça fait six mois que je suis au conseil d'innovation. Je dirais que c'est le plus grand changement de carrière que j'ai eu à date parce que j'ai passé, c'est ça, 18 ans dans le réseau de la santé où c'était très niché technologie, santé au service des! Parce que je faisais quand même partie des experts qui naviguaient autour du conseil d'innovation en termes d'intelligence artificielle. Donc, l'opportunité est arrivée pour que je puisse toucher de façon plus vaste plusieurs piliers de la société. Mais moi, j'ai saisi cette opportunité-là. Parce que l'IA touche la santé, oui, mais touche le travail, l'art et la culture, l'environnement, même la démocratie. Et moi, m'investir pour créer tout ce qu'on va léguer aux futures générations, à mes enfants, aux enfants de mes enfants, moi, je trouve que c'est super important et c'est ça qui me fait lever le matin.

4:01Sacha: C'est une super belle ouverture sur ma prochaine question qui vient vraiment à toucher. Parce que pas tout le monde sait justement qu'IA s'étend autant dans tous les domaines. Donc, est-ce que tu peux nous parler un petit peu de certains projets ou des initiatives clés en IA, justement, sur lesquels le conseil travaille actuellement?

4:17Guest: L'an dernier, on a vraiment donné un focus sur une réflexion collective autour de l'encadrement de l'intelligence artificielle. Donc, il y a eu le grand mandat que le ministère nous a donné pour dire, réfléchissons ensemble sur le développement et l'utilisation d'une IA responsable au Québec. Donc, ça a été fait l'an dernier et le pont vraiment important à faire et le focus cette année, c'est sur l'adoption de l'IA. Une fois qu'on a réfléchi et qu'on a sorti les recommandations, comment faire en sorte que toutes ces recommandations-là soient déposées et mises en œuvre dans la société pour qu'on adopte réellement l'intelligence artificielle? Donc, ça, c'est le grand focus de cette année. Donc, créer de la formation, s'assurer que la population, la société, augmente en littératie d'intelligence artificielle. Justement, tu le dis, c'est pas tout le monde qui connaît les champs d'application de l'intelligence artificielle. Parfois, il y en a qui savent même pas que ça fait partie de leur quotidien et tout d'un coup, quand ils s'en rendent compte, ils ont peur. Mais nous, on veut pas que les gens aient peur. On veut que les gens soient en plein contrôle. Puis la façon d'être en plein contrôle, c'est de connaître ce qui se trouve entre nos mains. Et aussi, de dire, bien, où est-ce qu'on s'en va dans la société? Quel genre d'intelligence artificielle on veut produire au Québec?

5:18Puis qu'est-ce qu'on a envie de promouvoir puis montrer au monde entier, là, et au Québec, on sait comment faire les choses.

5:24Sacha: Oui, c'est super. Et t'as parlé un petit peu, justement, donc, pour l'instant, vous êtes concentré vraiment sur soutenir l'adoption. Est-ce que tu peux aller un tout petit peu plus en détail sur comment est-ce que le conseil soutient l'adoption? Donc, t'as parlé un petit peu d'éducation, etc. Mais j'aimerais en entendre un peu plus. Et aussi savoir quelle est ta vision pour l'avenir de l'IA au Québec, justement?

5:40Guest: C'est une bonne question. Je pense que tout passe par une saine promotion. Dans toutes les technologies, il y a tout le temps la séquence où est-ce qu'on pense que la technologie ça devient comme une baguette magique. Mais je pense que nous, au conseil, on a un rôle très pragmatique de ramener vers les cas d'usage réels. Comment est-ce qu'on peut intégrer l'intelligence artificielle dans les entreprises pour qu'elle aide vraiment ces entreprises-là à atteindre leur mission, créer de la valeur, créer de la richesse, comment créer des nouveaux emplois? Donc, ça, ça fait vraiment partie du rôle du conseil que de rendre la vision plus pragmatique et qu'elle puisse être mise en œuvre. Donc, ça, je pense que c'est un des éléments vraiment essentiels. Ce qu'on vient soutenir, c'est de créer cette demande interne parce qu'on veut faire des produits québécois pour les Québécois aussi. Dans le sens où, disons que moi, je suis une entreprise, j'ai envie d'adopter l'IA, mais je ne sais pas par où commencer. Mais le grand rêve, ce serait qu'on sait qu'au conseil, on a un beau marketplace. On sait exactement quels produits existent et quels produits est-ce qu'on peut acheter pour l'intégrer.

6:42Quel professionnel, quel expert peut être mis en relation pour que l'adoption se fasse bien. Et ça, c'est notre rôle aussi de faire cette promotion-là des beaux produits qui existent déjà au Québec et qui sont développés au Québec au service des Québécois.

6:54Sacha: Je pense avoir lu sur un de tes postes LinkedIn que vous parlez d'une campagne à l'échelle provinciale qui vise à sensibiliser justement les PMA à l'IA. Donc, tu viens un petit peu en toucher. Je voudrais savoir quels sont les objectifs et les résultats attendus de cette campagne.

7:08Guest: Là, je te rends dans mon très, très grand rêve. Le grand rêve pour moi, c'est qu'en ce moment, on entend beaucoup que l'IA est très montréalais. Ah, c'est Montréal. C'est tellement un concept de Montréal. Puis, je trouve ça parfois dommage, mais je comprends parfaitement pourquoi il y a des gens qui font « Nous aussi, on est en Gaspésie, on est au Bas-Saint-Laurent, puis on en fait de l'IA, puis on a des champs d'application. » Donc, mon grand rêve, c'est de voir Gaspésie prêt pour l'IA, Bas-Saint-Laurent prêt pour l'IA, Côte-Nord prêt pour l'IA, puis que dans chaque région, on soit capable de dire « Voici les vrais champs d'application qu'on peut faire dans l'industrie de la pêche au haut-homard, dans la cueillette des bleuets, dans l'industrie de minières d'une région. » Donc, pour moi, cette application très locale vient chercher l'authenticité de ce qu'on essaye de faire avec l'implantation de l'IA au Québec. Donc, dans cette campagne provinciale, c'est vraiment de dire « L'IA est tellement vaste, il y a tellement de champs d'application qu'on peut mettre à la main de façon authentique. Chacun de ces champs d'application, au goût de la région, puis au goût de l'industrie, qui est le plus attaché à nous.

8:12» Donc, cette campagne provinciale va venir justement soutenir ce grand rêve-là que j'ai d'avoir cette essence-là de chaque région en intelligence artificielle.

8:21Sacha: C'est super. Ça me fait penser beaucoup à… Je trouve qu'il y a une grande vague qui est démocratisée, les données et l'IA pour l'instant, un peu partout dans le monde. Je trouve que ça rejoint un petit peu cette vague, et je trouve ça super. J'aimerais poser une autre question, un peu différente. C'est quels sont les grands défis que tu vois pour l'instant entreprise et comment est-ce que ces défis peuvent être surmontés?

8:43Guest: Donc, on connaît tous des entrepreneurs. Au Québec, il y a tellement d'entreprises. D'ailleurs, on a un grand répertoire d'entreprises qui est directement lié à l'intelligence artificielle. Puis en ce moment, on est presque 800 entreprises qui touchent à l'IA et au développement. On regarde aussi le fait que les entreprises ou les entrepreneurs qu'on connaît, on veut les garder. On veut qu'ils survivent. Et ces entrepreneurs-là veulent que leurs entreprises survivent aussi. Donc, dans cette survie-là, qu'est-ce qu'on recherche? C'est le temps. Quand tu n'as pas le temps parce que tu as une pénurie de main-d'oeuvre, quand tu n'as pas le temps parce que tu as le contexte économique, même si moi, je te dis, « Hey, Adopt-IA, ça va venir t'aider dans tout ça. » J'ai vraiment pas le temps. Qu'est-ce que ça fait l'intelligence artificielle? Il faudrait que j'aie le temps d'apprendre tu sais quoi. Alors, le temps, c'est un défi vraiment important. Puis tu sais, on le sait que l'IA avance très vite. Puis je voudrais que, tu sais, avec une baguette magique, je voudrais bien arrêter le temps pour que tous les entrepreneurs aient le temps d'apprendre c'est quoi l'intelligence artificielle. Malheureusement, je n'ai pas cette baguette magique-là.

9:44Donc, c'est pour ça qu'on travaille fort à trouver des processus, des façons de faire pour augmenter rapidement la littératie en intelligence artificielle pour que le monde ait leur moment. « Ah, c'est ça que je peux faire avec l'intelligence artificielle. » Je

9:56Sacha: voudrais te poser une question très simple. C'est quoi l'IA, alors?

10:00Guest: Ah oui, les questions les plus simples, c'est les questions quand même les plus complexes à répondre. Pour moi, l'IA, c'est un outil technologique de plus qu'on peut utiliser comme levier de développement. L'IA, ça ne devrait pas être pris comme une solution pour être une solution. Ça devrait être pris comme solution lorsqu'elle est appliquée à une problématique. Par exemple, quand tu as un processus de travail où tu es capable d'automatiser ou optimiser ou même utiliser un engin propulsé par l'IA pour t'aider dans ton quotidien, ça devient un outil, un levier technologique pour y arriver.

10:34Sacha: Comment est-ce que… On a commencé un petit peu au début de cette entrevue à parler justement des impacts de l'IA et qu'on essaie d'avoir une IA responsable. Comment est-ce que vous vous assurez au Conseil d'innovation que les technologies d'IA qui sont développées et promues par le Conseil restent éthiques et sont vraiment bénéfiques pour la société? Oui,

10:51Guest: c'est une bonne question. Et tu vois, dans la réflexion collective qui a été faite l'année dernière, qui a mené au rapport prêt pour l'IA, un des cœurs même de la définition de l'IA, c'est une IA responsable. Puis ça passe par la transparence, puis ça passe par l'explicabilité. La transparence, c'est que tu es capable de savoir comment un résultat est arrivé. C'est quoi les données qui ont été mises à l'intérieur? C'est quoi l'algorithme qui a été utilisé? Puis ça, c'est un défi parce que tu peux dire, « Ah, la transparence à tout prix, oui, mais il y a quand même de la propriété intellectuelle. Il y a quand même, tu dis, « Hey, si je montre tout ce que je fais comme entreprise, il y a peut-être une autre personne qui peut venir voler mon idée. » Donc, comment tracer la ligne entre la bonne transparence, la compétitivité, et mener le pont vers l'explicabilité? Être capable d'expliquer quelque chose, puis ça, on se le fait dire depuis qu'on est en maternelle, « Ah, quand tu comprends quelque chose, t'es capable de l'expliquer. » Bien, c'est ça, l'explicabilité. C'est être capable de se sentir en contrôle, puis dans toutes les connaissances, comment ça se fait qu'un résultat est arrivé et comment je peux l'appliquer quand c'est opportun. Donc, quand tu lis le rapport, il y a beaucoup cette notion-là de transparence et d'explicabilité.

11:55Et je pense que de plus en plus, lorsque la société va monter en littératie, en IA, ça va devenir plus facile d'atteindre ces objectifs-là.

12:04Sacha: Quels sont les conseils que tu donnerais aux jeunes professionnels ou même à d'autres professionnels qui souhaitent justement se rediriger vers une carrière dans l'IA?

12:12Guest: Oui. Y aller avec, dans le sens où l'IA est tellement vaste, il y a tellement de façons de s'impliquer dans le développement, l'implantation de l'intelligence artificielle qu'on a besoin de tous les talents. Est-ce que tu as besoin nécessairement de savoir coder pour être en intelligence artificielle? De nos jours, non. Il y a des gens, ce sont toutes des équipes multidisciplinaires qui sont en train de se mettre en place. Donc, il faut arrêter de se sentir imposteur et non impliqué. Versus, « Hey, j'ai mon rôle à jouer dans ce développement de l'intelligence artificielle. » Et si je le fais parce que je suis un bon historien, un bon philosophe, je suis bonne en sciences humaines, bien, il faut le faire. Donc, y aller avec ses compétences, ses intérêts. Et crois-moi, il y a toujours quelque chose qui va converger vers l'intelligence artificielle dans le futur.

12:59Sacha: C'est sûr. Selon toi, c'est quoi les tendances les plus excitantes que tu perçois ou que tu suis actuellement?

13:06Guest: Il y a deux tendances que j'adore suivre et j'ai vraiment hâte de voir ce que ça va donner. Le premier, c'est le continual learning. Puis l'autre, c'est l'IA quantique. Donc, le premier, quand tu regardes le continual learning, c'est vraiment la capacité d'apprendre en continu sans devoir réentraîner les modèles. Ça, ça veut dire que quand tu apprends, tu n'oublies pas. Tu sais, progresses dans la vie. Donc, quand tu prends un humain, il y en a qui sont capables d'apprendre deux, trois, quatre, cinq langues, mais ce n'est pas parce que tu apprends une langue nouvelle que tu en oublies une autre. Donc, où est-ce qu'on s'en va avec le continual learning? C'est de permettre à ces machines-là, par exemple, de continuer à apprendre toujours des nouvelles langues, toujours des nouveaux accents sans perdre les différents acquis qu'ils ont. Donc, ça, c'est quand même assez extraordinaire parce qu'il y a comme un phénomène qui s'appelle catastrophic forgetting. C'est-à-dire, les machines peuvent tout d'un coup oublier il faut que tu les réentraînes. Mais peut-être que cette voie-là va permettre de passer au-delà de ce défi-là. L'autre, c'est l'IA quantique. Et je ne sais pas si tu connais un peu le quantique, mais tu sais, on s'imagine quand tu rentres dans une bibliothèque, une capacité quantique, tu rentres dans une bibliothèque et quand tu cherches une information, tu ouvres un livre à la fois en ce moment.

14:19Mais avec le quantique, ça fait une capacité énorme. C'est-à-dire que tu pourrais rentrer dans une bibliothèque et tous les livres s'ouvrent en même temps et tu es capable de trouver l'information beaucoup plus vite. Donc, tu sais, quand tu appliques le quantique à l'IA, tu imagines la capacité de super calcul, de régler, de trouver des solutions à des problèmes hyper complexes. Donc, c'est sûr, ça, c'est les deux tendances qui m'excitent le plus en ce moment-là.

14:42Sacha: Et justement, sur cette dernière tendance que tu as mentionnée, il y en a beaucoup qui parlent aussi d'intelligence générale, donc une intelligence qui est égale, on peut dire, à l'intelligence humaine, voire supérieure. Comment est-ce que tu réassures les gens qui pourraient craindre perdre leur job, leur emploi ou même pour le futur?

15:02Guest: Ce n'est pas la première fois qu'on passe à travers une crise d'emploi. Avec la révolution industrielle, il y en a plein qui ont perdu ou ils ont eu le sentiment de perdre leur emploi. Puis oui, ça s'est fait parce qu'il y a une grosse machine qui a été capable de faire ce qu'une personne faisait à la main. Mais ces gens-là qui le faisaient à la main, c'est devenu des contrôleurs de ces machines-là. configuration de ces emplois-là. Puis je pense que c'est assez bénéfique pour la société quand tu le fais de façon élégante puis d'une façon douce, c'est-à-dire que tu éduques les gens à ce qu'ils en viennent. Oui, il y a des métiers qui vont changer, mais je pense que c'est quand même important de dire est-ce qu'on aime vraiment ça faire de la saisie de données manuelle? Est-ce qu'on aime vraiment ça? Retournons dans le temps. On n'a plus de calculatrisme. On le refait manuel. C'est terrible de faire ça. Donc, quand on avance de cette façon-là, il y a de la place pour tout le monde. Puis dans le futur, qu'est-ce qui va permettre à l'intelligence machine de continuer puis de bien se développer? C'est la part de l'humain. Ça veut dire les gens qui comprennent les contextes historiques, qui comprennent la philosophie, qui comprennent comment instiguer la pensée critique.

16:10C'est quoi la bienveillance? C'est quoi l'empathie? C'est quoi les bonnes questions à se poser? Puis moi, je pense toujours que tu ne peux pas innover sans connaître l'histoire. Donc, oui, l'intelligence artificielle peut faire vraiment peur, mais ce n'est pas vrai qu'elle peut vivre sans le contexte humain puis on ne peut pas appliquer ses résultats s'il n'y a pas un humain qui dit ça fait du sens ou ça ne fait pas de sens.

16:28Sacha: Je suis vraiment d'accord. J'aimerais te laisser plancher pour partager une ou plusieurs dernières choses avec nos auditeurs à propos de ton travail, de l'avenir de l'IA au Québec ou vraiment ce que tu veux.

16:39Guest: Merci, en fait, d'ouvrir cette question-là. Là, tu me vois parce qu'on a la chance d'être en 2024 puis Teams fonctionne super bien même si tu es au Costa Rica puis moi, je suis ailleurs. Donc, tu sais, je pense que tu te rends compte que je suis une femme en science. Tu sais, je suis une maman de deux enfants. Tu sais, je vois où est-ce que la société avance. Je vois les gens. Tu sais, je vois une certaine fracture numérique qui peut se créer parce que les gens, on soit super peur puis ils ferment la porte à l'IA. Mais moi, j'encourage vraiment les gens à avancer parce qu'on a besoin de tout le monde. On a besoin d'inclure plein de gens avec des backgrounds différents autour de la table de l'IA pour que ça fonctionne puis que son implantation se fasse de façon bienveillante dans la société. Donc, moi, j'encourage beaucoup les femmes. J'encourage beaucoup la diversité. J'encourage tout le monde qui a un apport et un intérêt à s'investir dans le développement de l'intelligence artificielle parce qu'encore une fois, c'est vraiment la seule façon pour qu'on puisse l'implanter de façon durable dans la société.

17:42Sacha: C'était vraiment une très belle dernière parole et c'était vraiment un plaisir de t'avoir avec moi aujourd'hui et de parler avec toi. Merci beaucoup, Anne.

17:47Guest: Merci à toi, Sésha.